« Pendre la ville par les pieds, remplir un sac des trésors qui tombent de ses poches, ramener ce butin (quelque part) et le partager …
Au mois d’octobre dernier, nous avons effectué un premier laboratoire à Alès.
Dix jours pour essayer ce qui s’entasse dans mes cahiers depuis près de 20 ans.
Nous étions au chaud dans le cratère et pourtant nous avons passé le plus clair de notre temps dehors.
On a sondé les gens simplement pour voir s’ils répondaient, ils nous ont écrit des lettres d’amour, on a fait des photos.
On a dragué la ville, cherché à se rapprocher d’elle, on a écrit des concepts pour ses quatre coins, sur mesure, on lui a tiré les cheveux.
On a lâché des idoles dans ses artères.
On s’est fait passer pour ce qu’on est : des artistes.
On a pris des voies tangentes pour rigoler.
Tout ce grand fatras, on l’a ramené dans le théâtre, on l’a exposé.
On a fait de cette réalité un cabinet de curiosité dont la porte reste grande ouverte.
On vient voir dedans ce qu’il y a dehors et dehors ce qu’il y aura dedans.
C’est ça mon projet ».
Françoise Bouvard – Metteur en scène
Cette visite sera suivie de la visite de chantier de Luc Amoros avec sa création en cours de réalisation "Page Blanche"
Couvrant un grand échafaudage adossé à une façade de la ville, comme une immense page blanche offerte, des toiles tendues vont se couvrir d’images peintes ou gravées en direct, au vu et au su des passants rassemblés ; fresque collective ou bande dessinée déferlante, composée et mise en voix par une demi-douzaine de jeunes peintres-chanteurs.
Comme un contre-feu au débordement d’images stériles qui ne nous racontent plus le monde mais tentent de nous le vendre, images publicitaires qui ont squatté chaque interstice de la ville et le moindre espace disponible de nos rétines; de la plus étroite venelle de nos hameaux dont chaque fenêtre reflète une scintillante et familière lumière bleutée jusqu’aux façades gigantesques des gratte-ciels de Shangaï qui vomissent jour et nuit leurs images hypnotiques d’un monde vitrifié et parfaitement fini.