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Atelier 231 - Centre National des Arts de la Rue

Centre National des Arts de la Rue

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Sacré Printemps - Reportage de Fabien Persil

18 h 30. Le public encore tiède erre comme moi à la recherche des premiers spectacles et prend ses repères sur le site remanié pour l’occasion. Un constat s’impose vite, en dépit du « passage de saison » goupillé dès l’accueil par Annibal et son ours : la température ne prêtera guère à voir la feuille à l’envers…

fabien persil - sacre printemps

Face au chapiteau, deux entresorts en pieds de marmite se concurrencent en proposant chacun une petite déclinaison sur l’Amour : deux marionnettistes hautes en couleurs et marionnettes fades dans l’un, toute simple et  beaucoup plus efficace reprise du Mépris de Godard dans l’autre (TTT Télérama).
 

La Ménagerie
Un menuet liquoreux accompagne l’arrivée d’un jeune couple arrogant. Leur mise Louis XV est parfaite, un sans faute qui ne laisse rien augurer de la suite acide. Ils contiennent avec morgue la plèbe à l’aide d’un frêle ruban de soie. Puis sous couvert d’une partie de cache- cache, la marquise lascive, les yeux bandés, titille des spectateurs tout en fouillant dans le sac des femmes renouant avec la grande tradition des tire-laines… La belle évaporée, mutine, tentera un chat-bite auprès d’un père de famille interloqué…
 

fabien persil - sacre printemps

Une desserte rocaille approvisionnée leur fournit l’occasion d’un pique-nique grand siècle. Le petit marquis, baladurien fin de race, ripaille façon Grande Bouffe. Le buffet automate s’anime et se joue de détails. L’aristocrate punaise en extirpe un interminable chapelet de boudin et bâfre sans retenue aucune, l’air compassé, superbe.
Au rythme de l’envoûtante bande son électro-baroque, belle comme une pelletée de sable lancée dans un clavecin ouvert, ces nobles suffisants procèdent avec ostentation à une parade décadente, suivie d’un effeuillage en règle… par 5 degrés.
L’action s’étire, faisant naître une gêne perceptible parmi l’assistance. La libertine arrogante au début, simule l’humiliation, le regard brisé, en suspens, générant la pitié. Les notes dissonantes d’une boîte à musique nappent l’ensemble, façon jouet cassé, à l’instar de la poupée marquise.
 

— Le terme Sa Majesté s’abréviait en SM.—
 

Dès la fin, le cercle des spectateurs s’explose furtivement, un groupe s’aimante autour de la desserte dont le capot translucide dévoile la déliquescente ménagerie animée.
 

Garden & Square de Déracinemoa
Il est des comédies de jardin, comme des nains de jardin :  c’est bigarré, très lisse et ça sonne un peu creux, mais, mais, mais, ça plait à tout le monde !

Entre temps la nuit est tombée, le jardin suspendu scénographie signée L’œil du Baobab se révèle sous les projecteurs. Sur terre, les cupidons émoustillent les ménagères en goguette : coup de foudre, de cœur, trois léchouilles et puis s’en vont.
 

fabien persil - sacre printemps

Nous voici entraînés dans un curieux monôme : l’enterrement de l’Hiver qui appelle illico une petite mise en bière… Aussi allons-nous voir le décor luxuriant du Sweet glotte-café. Le bar du festival déjà pris d’assaut par une foule impénétrable voit débarquer la fanfare des Grooms venue prendre la suite des six musiciens de La Note d’Alceste.
 

Éliane
Un  cadre évidé qui tiendra lieu de fil rouge, héberge un tableau vivant : la femme à barbe allaitante de Ribera.
Préambule à la galerie de portraits croisés à toute vitesse.
Portraits de famille déchiquetés, épinglés par Éliane la mère, l'ombre portée d'un Philippe Manœuvre au sortir d’un after 80’s au Palace.
Ce show échappe finement à la tentation de la trame narrative, assène aux spectateurs un foisonnement qui froisse les codes culturels.

fabien persil - sacre printemps

La parade des clones, l’épastrouillante vieille-peau d’âne qui succède à la cow-girl ventriloque, ce petit monde défile parsemant des phrases cultes. Suivront l’extra femme panthère puis les danseuses baudruche qui explorent en des activités extrascolaire le côté farce de la danse contemporaine, burlesque et beau, digne d’un Dominique Boivin… C’est tout dire.

Ici les transitions censées relier les scènes entre elles prennent souvent des tournures illogiques. C’est malin, déstabilisant, mais le ton léger et très écrit de l’ensemble supporte aisément ces flottements décousus, dadaïstes. Au passage, lors d’un impayable épisode bretonnant, on nous révèlera ce que les nymphes qui musardent dans les tableaux pompiers ont dans la tête.
—    Rien —
 

Et le final qui précéda l’ovation du public, questionne. Éliane déclamant du Hugo…  Juste pour nous prouver que Victor, c’est Rock ? ou dans une autre intention qui restera bien floue ?
— Poèèèèèèèèèèèète… vos papiers —
 

Éliane, la talentueuse, avait tout juste tournée les talons que le Tender offrait The wild witness  le western proposé par Annibal. Ce film présentait une vraie star sur l’affiche : François Boucq, qui signait le visuel. Actions et intrigues se partageaient l’écran et la salle, avec des coups de feux dignes d’une sono de multiplexe (les sonneries de portables en moins).
Un peu long-métrage, surtout vers la fin.
 

Sacré Printemps à peine né à su nous révéler les prémices d’une personnalité qui s’annonce bien trempée… En deux jours, le thème de l’événement fut finement soutenu par une programmation ciselée, émaillée de fameuses découvertes, un bel ensemble collant parfaitement au sujet. Seule ombre au tableau, l’Hiver :
Même pas mort !
 

Fabien Persil
Mars 2013


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